Le Douanier Rousseau, l'innocence archaïque

Du 22 mars au 17 juillet 2016

 

Le musée d'Orsay consacre une exposition à l'oeuvre du peintre autodidacte Henri Rousseau mis en perspective avec des tableaux de Seurat, Delaunay, Kandinsky, Picasso, mais aussi d'artistes méconnus qui permettront d'évoquer la richesse des liens qui se tissent autour du Douanier Rousseau. 

 

 

Par MHL.

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Henti Rousseau - "Le rêve" - 1910

Henri Rousseau engendre bien des polémiques, aussi bien du côté de la critique que du côté du public. Il est tantôt célébré, tantôt rejeté. Il ne suit pas les concepts et les doctrines traditionnelles du monde académique.

 

Rien ne pré-destine Henri Rousseau à devenir peintre, sa vocation se révéle tardivement. Né le 21 mai 1844 à Laval, d'un père ferblantier, sa famille est de condition modeste. Il étudie le droit jusqu'en 1860 et parallèlement apprend le violon. Il s'intéresse à la littérature, en particulier à la poésie. Il compose d'ailleurs, notamment une valse qui lui vaudra le diplôme de l'Académie musicale de France (1886) et écrit des pièces de théâtre. Après la mort de son père (1868), il épouse Clémence Boitard. Il s'engage comme volontaire dans l'armée et part au front durant la guerre de 1870. C'est de ses rencontres avec des militaires revenus du Mexique, que Rousseau va commencer à fabuler sur ses pseudos voyages dans des contrées lointaines. Son imagination fertile nous donne ses plus beaux tableaux exotiques, où couleur et réalisme nous entraînent dans des jungles irréelles. Une fois réintégré la vie civile en 1871, il part à Paris et trouve un emploi à l'octroi, ce qui lui vaut le surnom de Douanier Rousseau. Il consacre tout ses loisirs à peindre et obtient l'autorisation de copier les oeuvres du musée du Louvre. Il se lie avec les intellectuels Alfred Jarry (créateur du Père Ubu) et Apollinaire et rencontre des artistes comme Picasso, Gauguin, Delaunay, Signac, Kandinski...En 1893  Rousseau prend sa retraite anticipée et se consacre entièrement à sa carrière de peintre. Après le décès de sa première femme, il se remarie avec Joséphine Noury et rencontre à cette époque Wilhem Unde qui deviendra son biographe. Autodidacte, Rousseau semble n'avoir été influencé, que par deux peintres académiques, Gérôme et Clément, et peut-être aussi par le Radeau de la Méduse de Géricault.

Selon Laure Papon, "à lui seul, il pose la question cruciale des conditions de l'émergence de la Modernité en art et celle des catégories artistiques :

naïf, primitif, archaïque, moderne, populaire? Son oeuvre s'inscrit dans son temps, dès lors que l'avant-garde incarnée par des artistes comme Picasso, Delaunay, Kandinski l'ont intronisé père de la Modernité."

 

Toute sa carrière Rousseau reste fidèle au Salon des Indépendants. Ce Salon créé en 1884 est une opportunité. Il permet, en effet, aux peintres qui ont été refusés aux Salons officiels de présenter leurs oeuvres. Bien qu'étant très critiqué, avec perspicacité, il y expose ses toiles. Ses tableaux, malgré une absence de perspective et des maladresses sont pleins de poésie et reflètent son attachement à l'homme et à la nature.

 

1897, il peint La bohémienne endormie, peinture à dimension onirique d'où se dégage une atmosphère magique, qu'accentue le clair de lune.

1894, La guerre, toile de grande dimension, d'une grande force de suggestion où l'allégorie y est traitée de façon monumentale et exécutée dans un style académique afin d'être acceptée au Salon des Indépendants. 1890, Moi-même, cette oeuvre inaugure la série des "portraits-paysage. Rousseau déclare avoir inventé ce genre de peinture, Il se représente au centre de la toile avec, en arrière-plan, un paysage comportant les éléments de la Modernité : la Tour Eiffel, un ballon s'élevant dans les airs faisant référence à l'Exposition Universelle de 1889; évènement qui marque Rousseau et qui sera source d'inspiration.. 1908, La carriole du père Junier; pour ce tableau l'artiste utilise la photographie. Cette peinture représente une famille parisienne, certains personnages ont été rapportés. En 1891, il réalise une toile représentant un tigre dans un décor de jungle. Ce sera la première toile d'une longue série de peintures où il excellera.

 

Ces jungles ne sont pas le fruit de ses supposés voyages, mais de son imaginaire. "Il étudie les plantes et les arbres qu'il choisit. Il représente différentes feuilles qui constituent des unités dans la composition, pas en proportion bien sûr, mais utilisées comme éléments décoratifs(...) La façon dont les animaux et parfois les personnages sont en partie cachés par les arbres, ainsi que l'utilisation de 50 verts différents renforcent l'impression de luxuriance et de mystère", dira Carole Guberman. Rousseau s'inspire des plantes du jardin botanique,, de photographies, de livres, pour la représentation des animaux. Parmi ses "jungles" on peut citer: La charmeuse de serpents (1908), Le rêve (1910), Le lion ayant faim se jette sur l'antilope (1910), Nègre attaqué par un jaguar (1910)...

Une exception sera faite par Rousseau dans son tableau Joueurs de football (1908). Ses personnages d'ordinaire statiques sont animés et démontrent que l'artiste est capable d'exprimer le mouvement. On peut trouver une similitude entre le maillot des joueurs et celui d'une des baigneuses de Picasso dans son tableau Les baigneuses. Inversement, un tableau de Picasso,  Portrait de maya à la poupée (1938), est traité de façon analogue à celui de Rousseau : L'enfant à la poupée (1906).

 

Le rayonnement du Douanier Rousseau est considérable et détermine le développement, non d'une école, mais de tout un groupe de peintres qu'on

appelle les "primitifs" ou les "naïfs" du XXe siècle".

L'archaïsme est le fil conducteur entre les oeuvres de cette exposition présentée une première fois au Palazzo Ducale de Venise en 2015, avant de rejoindre les salles du musée d'Orsay au printemps prochain.

 

Les chefs-d'oeuvre d'Henri Rousseau des collections du musée d'Orsay et de l'Orangerie (de La charmeuse de serpents à la Noce) seront confrontés

aux toiles prêtées par les plus prestigieuses institutions internationales. Des oeuvres de Seurat, Delaunay, Kandinsky, Picasso, mais aussi d'artistes

méconnus, permettront d'évoquer la richesse des liens qui se tissent autour du Douanier Rousseau, creuset d'une voie originale dans l'exploration de la

modernité.

Pratique :

Lieu : Musée d'Orsay – 1, Rue de la Légion d'Honneur – 75007 PARIS

Tél : 01.53.63.04.63

Métro : Ligne 12 – Station Solférino

RER : Ligne C – Station Musée d'Orsay

Bus : Lignes 24, 63, 68, 69, 73, 83, 84, 94

Parkings : Parking du Carrousel du Louvre – Parking du Bac Montalembert

Horaires : Du mardi au dimanche de 9h30 à 18h00 – Nocturne le jeudi jusqu'à 21h45

Tarifs entrées : 12€ plein / 9€ réduit

 

Du 22 mars au 17 juillet 2016

 

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