Gainsbourg : 25 ans déjà

serge gainsbourg

 

 

 25 ans après sa mort, le souvenir de Gainsbourg perdure dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés. Son hôtel particulier de la rue de Verneuil, intact, est un lieu de mémoire incontournable pour les inconditionnels.

 

Par Jocelyn Languille


5 bis rue de Verneuil - © www.gainsbourgforever.com
5 bis rue de Verneuil - © www.gainsbourgforever.com

Dans la nuit du 1er au 2 mars 1991, Lucien Ginsburg alias Serge Gainsbourg tirait sa révérence dans son hôtel particulier du 5 bis de la rue de Verneuil, dans le 7ème arrondissement de Paris. Ce vendredi 1 mars 1991, quelques heures plus tôt, non loin de là avant qu'il ne soit emporté dans son sommeil par une ultime crise cardiaque, il dinait au Bistrot de Paris, "sa cantine", en compagnie de sa fille Charlotte et sa compagne Bambou.

 

25 ans déjà et les appartements de celui qui s'était auto-proclamé "l'homme à la tête de choux" -sobriquet emprunté à une sculpture de Claude Lalanne qu'il avait achetée dans la galerie d'art Faccheti- sont restés intacts et demeurent lieu de pèlerinage pour tous les inconditionnels. Ici rien n'a changé. Comme si le temps s'était arrêté, la propriétaire -Charlotte- a veillé à préserver l'endroit en l'état, jusqu'aux derniers mégots de gitanes dans les cendriers débordants. Un lieu chargé de mystère, hanté par Gainsbourg qui fut rongé par le démon Gainsbarre. Il était question en 2011 d'en faire un musée avant que sa fille se ravise. Le mur de l'entrée rue de Verneuil, marqué des témoignages successifs des admirateurs a été récemment retapé, permettant à chacun d'exprimer de nouveau son inspiration, comme un mémorial qui perpétue la légende. C'est Jean-Pierre Prioul, un ami de la famille qui occupe désormais les lieux dont peu ont le privilège d'y pénétrer. Aude Turpault, qui s'était liée d'amitié avec l'auteur-compositeur-interprète durant sa jeunesse y décrit dans son livre 5 bis « Un lieu magique ne ressemblant à aucun autre : entièrement noir, parsemé d’objets précieux qui brillent, de peintures, de photos : une sorte de musée. ».

Et on ne peut que sentir la présence de l'artiste en s'attardant devant la maison. La grille close, les portes d'entrées massives et noires renferment comme le couvercle d'un cercueil les derniers instants du jeune et timide poinçonneur des lilas devenu à la fin de sa vie l'impertinent, l'ingérable Gainsbarre qui enflammait devant des millions de téléspectateurs sur le plateau d'Anne Sinclair un billet de 500 euros.

Le repaire de Gainsbourg s'apparentait à une sorte de cabinet de curiosités, "un sitting room, une salle de musique, un musée, un bordel" disait-il.

 

L'intérieur apparait dans plusieurs films dont celui que lui a consacré le dessinateur Joann Sfar. En 1980, alors que Gainsbourg vient de rompre en août avec Jane Birkin (qui ne supportait plus ses excès), Claude Berri y tourne "Je vous aime" avec Catherine Deneuve. De là nait la chanson "Dieu fumeur de havanes". En février 1981, le titre resta durant 7 semaines au classement des meilleures ventes.

 

serge gainsbourg, jane birkin
Serge Gainsbourg et Jane Birkin, rue de Verneuil
serge gainsbourg, rue de verneuil, paris
Serge Gainsbourg dans son cabinet de curiosités

serge gainsbourg
Le premier graph' après rénovation du mur de la propriété rue de Verneuil en juillet 2013, réalisé par un artiste invité : Anthony Lemer / Photo Instagram © "Iznogoodgood"

Nous avons retrouvé dans les archives de l'INA un document inédit qui nous plonge dans l'intimité de Serge Gainsbourg dans ses appartements de la rue de Verneuil.

 

Dans ce document tourné un samedi 31 mars 1979,  Serge Gainsbourg nous fait partager sa journée en compagnie de Jane et ses filles Kate et Charlotte. On y reconnait bien l'hôtel particulier avec ses deux entrées derrière la grille principale dont une des portes mène directement dans une des pièces où Serge Gainsbourg travaillait. On y voit ses instruments, de nombreux objets hétéroclites et notamment la statue de Claude Lalanne, L'homme à la tête de choux. Il nous emmène également au premier étage dans sa bibliothèque survolant les livres et auteurs de prédilection : À rebours, Là bas de Huysmans, le Journal de l'année de la peste de Daniel Defoe, un livre d'histoire du surréalisme, Benjamin Constant, Montaigne, Rimbaud, Baudelaire...

 

Le film s'achève sur quelques notes d'Aux armes et caetera  dont la sortie du disque était alors d'actualité.


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