L'art et l'enfant au musée Marmottan

musée marmottan

 Jusqu'au 3 juillet 2016

 

Du 10 mars au 3 juillet prochain, le Musée Marmottan Monet nous propose de découvrir l’évolution du statut de l’enfant à travers la peinture.  

 

Par Alexis Pierçon-Gnezda


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La dernière exposition sur l’enfance dans un bâtiment officiel à Paris eut lieu en 1913, au Musée Galliera, il y a plus d’un siècle. Depuis, seulement quelques rétrospectives dans des galeries parisiennes. C’est pour palier un tel manque que le Musée Marmottan Monet a donc décidé de réunir 75 œuvres, provenant de nombreux établissements, pour mener une réflexion collective autour du statut de l’enfant depuis le XIVe siècle. Il ne s’agit pas cependant d’une simple exposition de peintures. Le musée a souhaité également rassembler toutes les connaissances qu’ont pu accumuler à ce sujet les sociologues, anthropologues et historiens. La notion même d’enfance doit être en effet impérativement replacée dans un contexte historique particulier et précis puisque les représentations n’ont cessé d’évoluer jusqu’à aujourd’hui. Historiquement, c’est l’enfant Jésus qui a été le plus largement mis en avant jusqu’à la fin du Moyen-Âge, dans les peintures françaises et italiennes du moins. Mais très vite, le motif a été en quelque sorte laïcisé.  

 

C’est un parcours chronologique que nous propose l’exposition. Elle s’ouvre par La Présentation du temps, qui date du XIV siècle, attribué à André Boneveu et Jean de Liège, et prêté pour l’exposition par le Musée de Cluny. Ce relief met dès lors en lumière la place centrale de l’Enfant-Dieu dans l’iconologie médiévale. Mais peu à peu, à partir de la Renaissance, c’est le thème de l’enfant-roi qui lui succèdera, le seul enfant d’ailleurs digne d’être représenté. Les enfants apparaissent alors dans les portraits officiels pour manifester tout l’éclat des dynasties princières. Recouvert de son manteau d’hermine, à l’instar du roi Louis XIV à cinq ans, le petit homme incarne la continuité d’un pouvoir politique et social sûr de ses prérogatives. Les nombreux prêts des musées de Hambourg, du Louvre, de Versailles mais aussi du Palazzo Pitti de Florence permettent ainsi de construire un ensemble cohérent pour dégager toute la symbolique des portraits de ces jeunes souverains.

 

Au XVIIIe siècle, tout un questionnement philosophique et social apparaît autour de l’enfant. Rousseau publie en 1762 son traité d’éducation, L’Emile pour prodiguer ses bons conseils aux parents et gouvernants. Comme Elisabeth Badinter l’a montré dans son ouvrage L’Amour en plus, la relation entre l’enfant et sa mère s’intensifie tout particulièrement à cette époque. Un idéal social et familial se fait jour qui traduit une sensibilité nouvelle. Les artistes ne sont pas sans nourrir un large intérêt pour ces questions souvent d’ordre pratique comme l’éducation, l’hygiène et l’apprentissage qui occupent une place centrale dans leurs tableaux. Un être à part entière se révèle qui demande des soins particuliers et nécessaires pour sa conservation. Dans des scènes de genre, typiques, Greuze nous le peint en train de rêver, touchant, tandis que Chardin le montre plus volontiers joueur.

 

Mais le XIXe siècle et les luttes sociales qui vont le rythmer ne tardent pas à faire disparaître cette image quelque peu idyllique. L’enfant, comme adulte en devenir, partage avec ses parents des conditions de vie difficiles et précaires. Dans son poème Melancholia, Victor Hugo s’en prend au travail des enfants. Jules Bastien-Lepage quant à lui dénonce la prostitution des enfants. L’enfant, c’est aussi Gavroche qui participe aux mouvements de révolte sociale. Jeanron, dans son tableau Les Petits patriotes, en 1830, met en scène un enfant sur une barricade en lui prêtant les traits d’un jeune révolutionnaire. C’est aussi l’enfance, dans ce qu’elle a de plus quotidien, de plus simple que les peintres tentent de capter. Jean-François Millet avec La Becquée, La Leçon de tricot ou encore La Précaution maternelle nous fait découvrir l’enfance, dans toute son innocence, en milieu rural.

 

C’est au XXe siècle que l’enfant cesse d’être un simple objet de représentation. Il devient enfin sujet, au sein même des arts, un acteur à part entière. Les avant-gardes, à la recherche un langage nouveau. Jean Dubuffet et Gaston Chaissac, représentants de l’art brut, explorent l’infantilisme des formes pour mieux rejeter un académisme beaucoup trop codifié. Comme si le langage pictural des enfants révélait des potentialités artistiques non encore développées. C’est peut-être ce que Picasso avait compris. L’allégorie est claire dans son tableau Le Peintre et l’enfant : l’enfant tient le pinceau quand le peintre ne tient que la palette !

 

Commissaires de l’exposition : Jean Gélis (Historien, Professeur émérite d’histoire moderne à l’Université Paris-VII), Marianne Mathieu (Adjointe au Directeur, chargée des collections du Musée Marmottan Monet).

musée marmottan

Pratique :

 

Lieu : Musée Marmottan Monet – 2, rue Louis-Boilly – 75016 Paris.

Tél. : 01.44.96.50.33

Métro : Ligne 9 arrêt La Muette.

RER : Ligne C arrêt Boulainvilliers.

Bus : Ligne 22 arrêt La Muette – Boulainvilliers – Ligne 32 arrêt Louis-Boilly – Ligne 52 arrêt La Muette-Boulainvilliers – Ligne 63 arrêt Porte de La Muette – Ligne P.C. 1 arrêt Ernest Hebert ou Porte de Passy.

Parking : Vinci Park Passy – 78, rue de Passy – 75016 Paris.

Horaires : Du mardi au dimanche de 10h à 18h – Nocturne le jeudi jusqu’à 21h.

Tarifs : 11€ plein / 6,50€ réduit.

 

+ d'infos ici

 

Du 10 mars au 3 juillet 2016.

 

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