La garde-robe de la comtesse Greffulhe exposée au musée Galliera

 Jusqu'au 20 mars 2016

 

Jusqu’au 20 mars prochain, l’exposition La mode retrouvée au Palais Galliera présentera la garde-robe de la comtesse Greffulhe (1860-1952), une femme d’influence qui aura marqué toute la première moitié du XXe siècle par sa beauté et ses parures. 

 

Par Alexis Pierçon-Gnezda


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Portrait de la comtesse Greffulhe par Otto (Otto Wegner, dit), vers 1886-1887 - Photo : © Otto / Galliera / Roger-Viollet

Elisabeth de Riquet de Caraman-Chimay est née à Paris en 1860, dans une famille d’aristocrates. On connaît finalement assez peu de choses sur son enfance. C’est la musique, toutefois, qui semble occuper une place centrale. Ses parents sont des proches de Liszt et Elisabeth elle-même se perfectionne au piano, préfigurant déjà l’esthète qu’elle deviendra. C’est en 1878 qu’elle se marie avec le comte Henry Greffulhe, unique hériter d’un empire industriel et immobilier. Elisabeth devient alors officiellement la comtesse Greffulhe. Dès cette époque, propulsée dans le monde, elle commence à tenir salon dans son hôtel particulier de la rue d’Astorg, dans le 8e arrondissement.  C’est La Recherche de Proust qui s’impose lorsque l’on essaie de se figurer un tel univers. Proust lui-même s’inspira de la comtesse, dont il était proche, pour le personnage d’Oriane de Guermantes.

 

Bien que discrète, Elisabeth est une femme d’influence et son salon est particulièrement prisé. On peut y croiser Anatole France, Stéphane Mallarmé, Edmond de Goncourt ou des hommes politiques, Pierre Waldeck-Rousseau et Théophile Delcassé notamment. La comtesse nourrit une véritable passion pour les arts et les sciences, et n’hésite pas à devenir elle-même mécène. Après la mort de son époux Pierre, elle soutient Marie Curie dans son projet d’Institut du Radium. Elle d’ailleurs en 1890 la Société des grandes auditions musicales et parvient à lever des fonds pour la production de spectacles à Paris. Elle permet ainsi la venue à Paris des Ballets russes de Serge Diaghilev et la première représentation parisienne en 1899 de Tristan et Isolde de Richard Wagner. Politiquement, la comtesse de Greffulhe est plutôt progressiste et mène de nombreux combats d’importance. Elle n’hésite pas à soutenir le capitaine Dreyfus, la IIIe République, Léon Blum et le Front Populaire. De quoi surprendre quand on connaît ses origines familiales !

 

Mais c’est aussi sa beauté qui retient l’attention de tous. On n’hésite pas à dire d’elle qu’elle est la femme la plus belle de Paris ! Proust, après l’avoir rencontrée pour la première fois, confie dans une lettre de juillet 1893 à son cousin Robert de Montesquiou tout son étonnement : « Elle est difficile à juger, sans doute parce que juger c’est comparer, et qu’aucun élément n’entre en elle qu’on ait pu voir chez aucune autre ni même nulle part ailleurs. Mais tout le mystère de sa beauté est dans l’éclat, dans l’énigme surtout de ses yeux. Je n’ai jamais vu une femme aussi belle. » La comtesse voue, en effet, une très grande attention à sa parure. Sa garde-robe devient vite un sujet de prédilection pour tous les chroniqueurs parisiens. Finalement, son œuvre d’art, ce sont ses robes, de mousseline ou de satin…toujours des modèles singuliers signés par Nina Ricci, les sœurs Callot ou Jeanne Lanvin.

 

C’est le noir qui semble avoir la préférence de la comtesse. L’usage du noir est codifié dans les manuels de savoir-vivre du XIXe siècle. Durant les années 1920 et 1930, le noir se fait de plus en plus envahissant. Avec une taille fine et une silhouette élancée, ces robes trésors ne peuvent qu’accroître la prestance naturelle d’Elisabeth. L’exposition au Palais Galliera réunit ainsi 50 pièces d’exception, des manteaux, des tenues d’intérieur, des robes de jour et du soir… Certains modèles retiennent tout particulièrement l’attention. Ainsi, cette robe bizantine, griffée Worth, en taffetas lamé, soie et filé or, que porta la comtesse pour le mariage de sa fille Ellaine, en novembre 1904. Dans La Femme d’aujourd’hui du mois de décembre suivant on pouvait d’ailleurs lire : « […] fascinante jusqu’à l’éblouissement, dans une sensationnelle toilette d’impératrice byzantine : robe de brocart d’argent couverte d’artistiques broderies à reflets nacrés rehaussés d’or et de perles fines, ourlée d’une bande de zibeline. » Ou encore ce manteau de jour, griffé Jeanne Lanvin, vers 1936, entièrement pavé d’un motif de briques de satin, qui devient ainsi un manifeste surréaliste et témoigne des goûts peu convenus de la comtesse.

 

L’exposition présentera également d’autres accessoires de la comtesse (escarpins, paires de gants), mais aussi des films et photographies pour saisir de plus près ce véritable art de vivre !

 

Commissaires de l’exposition : Olivier Saillard (Directeur du Palais Galliera) et l’équipe de la conservation et de la documentation du Musée de la Mode de la Ville de Paris (Alexandra Bosc, Laurent Cotta, Sophie Grossiord, Sylvie Lécallier et Sylvie Roy).

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Paire de souliers Hellstern & Sons ( Vers 1900-1910). Galliera/Roger-Viollet

Pratique :

 

Lieu : Palais Galliera-Musée de la Mode de la Ville de Paris – 10, rue Pierre Ier de Serbie – 75116 PARIS.

Tél. : 01.56.52.86.00

Métro : Ligne 9 – Arrêts Iéna et Alma-Marceau / Ligne 6 – Arrêt Boissière.

RER : Ligne C – Arrêt Pont de l’Alma.

Vélib' : 4 rue de Longchamp, 1 rue Bassano, 2 avenue Marceau.

Autolib' : 1 avenue Marceau, 33 avenue Pierre-1er-de-Serbie, 24 avenue d'Iéna.

Horaires : Du mardi au dimanche de 10h à 18H – Nocturne le jeudi jusqu’à 21h.

Tarifs entrées : 8€ plein / 6€ réduit / Gratuit pour les moins de 18 ans.

 

Jusqu'au 20 mars 2016

 

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