Bentu : Des artistes chinois dans la turbulence des mutations

 Jusqu'au 2 mai 2016

 

 La Fondation Louis Vuitton a décidé de réunir douze artistes chinois de différentes générations pour témoigner des complexités et contradictions d’une société en perpétuelle mutation. C’est la première exposition consacrée à l’art contemporain chinois en France depuis dix ans.   

 

Par Alexis Pierçon-Gnezda


Hu Xiangqian
© Hu Xiangqian "The woman in front of the camera 2015"

C’est sous le signe du contraste décidément que la Fondation Louis Vuitton accueillera dès le 27 janvier prochain douze artistes chinois pour éclairer notre regard sur la société actuelle. A l’heure où l’art contemporain essuie de plus en plus de critiques, la scène artistique chinoise reste encore trop peu connue. On ne peut pas vraiment parler d’une « école » ni même d’un « groupe », les techniques et les outils comme les projets, dans leurs singularités, sont beaucoup trop variés. Mais tous ces créateurs restent attentifs aux profondes et incessantes mutations de leur société. C’est cette observation, non sans une certaine acuité, que l’on retrouve dans toutes leurs productions. Il s’agit toujours de saisir les contradictions qu’entraîne inéluctablement une modernité déchaînée. Devant de telles transformations, il ne reste plus qu’à témoigner. Etrange et paradoxal témoignage pourtant qui naît d’un étonnement, d’un sentiment de stupeur. Comme si tout naissait pour disparaître aussitôt, laissant chacun seul avec ses questions obsédantes. En quête d’un pourquoi, d’un comment.

 

On le sait, la Chine, avec ses 1.3 milliards d’habitants, est devenue l’un des lieux privilégiés de l’économie de marché, bouleversant les coutumes locales, et par là même l’identité d’un peuple. Ce sont ces bouleversements, économiques et écologiques notamment, que l’on retrouve à vif, dans les œuvres des artistes réunis. Et le contraste, bien évidemment, entre des technologies de pointe et la tradition, entre la richesse et la pauvreté. Un contraste technique que l’on aperçoit également, comme une mise en abyme, dans toutes ces œuvres alliant des techniques traditionnelles comme modernes.

 

Ces douze artistes viennent tous de Chine occidentale. Certains d’entre eux ont vécu le mouvement contestataire étudiant de 1989 et les épisodes de la place Tian’anmen. C’est le cas de Liu Wei, né en 1965. Il travaille et vit à Pékin. L’ensemble de son travail questionne l’histoire récente de la Chine et notamment son rapport à la mémoire et au souvenir. Liu Wei cherche à faire émerger tout ce que la dictature chinoise a fait disparaître, des images, des idées, des émotions. C’est l’inconscient politique du pays qu’il ne cesse d’interroger. Dans son film A Day to remember, il interroge de jeunes étudiants à l’université de Pékin le 5 juin 2005, jour du seizième anniversaire des manifestations étudiantes. A tous, il leur pose la question : quel jour sommes-nous aujourd’hui ? Personne ne répond. C’est un mur de silence qu’il parvient à capter dans ce film, le travail actif et imposé – officiel – de l’oubli.

 

Le bentu  qui signifie terre natale –, permet simplement de penser la conciliation entre le bentu local et le bentu global pour redécouvrir sa propre identité.

 

Liu Xiaodong (né en 1963) dans son vaste projet, Hotan project, a voulu restituer, quant à lui, en 2012, la vie des mineurs de jade dans la ville d’Hotan, située sur la Route de la soie. Un ensemble hétéroclite qui réunit son journal de bord, des photographies, des peintures à l’huile et des films pour raconter la vie de ces mineurs qu’il a côtoyés quotidiennement. On y retrouve notamment ses impressions, ses réflexions, les discussions qu’il a pu avoir avec eux. C’est une sorte de voyage ethnologique qui interroge les conditions matérielles et morales de ces prospecteurs venus de toute la Chine pour y trouver la richesse. Habitués à peindre les gens du peuple, Liu Xioadong les représente librement, en ne respectant pas toujours son modèle, pour leur donner une plus grande force de suggestion. Ce sont toujours des allusions politiques discrètes mais néanmoins très prégnantes.

 

Dans un flot perpétuel et incessant, le bentu reste alors pour chacun le dernier moyen pour se penser soi-même. Le bentu – qui signifie terre natale – n’a aucune consonance nationaliste ou xénophobe particulière. Il permet simplement de penser la conciliation entre le bentu local et le bentu global pour redécouvrir sa propre identité. Ces œuvres tentent elles aussi cette ultime conciliation comme pour fixer ce qui ne peut que demeurer tout en accueillant l’avenir.

Pratique :

 

Lieu : Fondation Louis Vuitton – 8, Avenue du Mahatma Gandhi Bois de Boulogne – 75116 Paris.

Tél. : 01.40.69.96.00

Métro : Ligne 1 – Station Les Sablons.

Bus : Ligne 244 – Station Fondation Louis Vuitton (desservie uniquement le week-end et les jours fériés).

Parking : Porte Maillot.

Vélib' : Devant l'entrée de la Fondation Louis Vuitton

 

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