Les années 80, l'insoutenable légèreté

 Jusqu'au 23 mai 2016

 

À partir du 24 février prochain, le Centre Pompidou consacrera une exposition gratuite aux années 1980 pour (re-)découvrir à travers une soixantaine de photographies et de films toute la singularité de cette décennie qui continue, encore aujourd’hui, à nous fasciner.  

 

Par Alexis Pierçon-Gnezda


Grace Jones - Jean-Paul Goude
Grace Jones - Jean-Paul Goude

Les années 1980 occupent une place bien à part dans l’imaginaire collectif. Pour celles et ceux qui ont passé leur jeunesse à cette époque, elles apparaissent encore comme le temps de l’insouciance et de la légèreté, un petit paradis perdu. A rendre les jeunes des années 2000 presque nostalgiques d’une décennie qu’ils n’ont pas connue. En 1981, François Mitterrand arrivait au pouvoir pour mener à bien une série de réformes sociales notamment qui allaient transformer durablement les mœurs du pays. Les tubes musicaux quant à eux se succédaient mois après mois et constituaient les nouveaux « classiques » de la musique populaire dès leur sortie.

 

Comme souvent, il s’agit là d’une reconstruction a posteriori et mythique, symptomatique peut-être d’une quête de repères en ces temps agités par des crises sociales et économiques qui finissent par devenir structurelles. Un tableau policé qu’il faut peut-être nuancer, profondément. A cet égard, le film culte de Cyril Collard, Les Nuits fauves, en 1992, véritable plongée dans l’univers « underground » parisien, pourrait nous permettre de saisir avec plus d’acuité la complexité de ces quelques années. La décennie 80 aura incontestablement marqué le début de la marginalisation d’une partie toujours plus grande de la société. La mouvance « look » au cinéma avec des réalisateurs comme Jean-Jacques Beneix  - Diva –  et Luc Besson – Subway, Nikita – retraçait déjà dès les années 1980 les itinéraires tortueux d’anonymes rejetés par la société en raison de stigmates sociaux – folie, maladie – trop lourds à porter. Les années 1980, c’était aussi l’apparition du Sida et de son long cortège funèbre, cible des attaques moralisatrices d’une société incertaine d’elle-même.

 

En consacrant une grande exposition à la photographie des années 80, le Centre Pompidou souhaite lui aussi porter un nouveau regard sur cette décennie. Le regard des artistes et photographes qui n’ont cessé de scruter patiemment, minutieusement cette trouble époque. C’est une soixantaine d’œuvres qui seront exposées, réalisées par près de vingt artistes.

On ne peut à proprement parler identifier un véritable mouvement homogène dans le domaine de la photographie durant ces quelques années. Il faut plutôt parler d’une pluralité d’artistes singuliers qui, tous, auront pour objectif premier de saisir la singularité de leur temps. Le travail de la photographe et plasticienne Florence Paradeis, présenté dans l’exposition, est ainsi caractéristique de cette période. Ses photographies s’attachent souvent à présenter des situations quotidiennes tout en les rejouant. En créant des « simulacres d’instants arrêtés », les scènes représentées prennent un aspect complètement figé et suscitent par là même énigme et mystère. Une « inquiétante étrangeté » qui permet une mise à distance véritable de son quotidien pour mieux s’en déprendre. C’est également cette distance que cherchera de son côté le photographe britannique Martin Parr. Dans une mise en scène souvent grotesque ou ironique, il tente de saisir tout en les amplifiant les traits constitutifs de la modernité. Il est ainsi souvent question de plages surpeuplées, de monuments historiques autour desquels s’agglutinent des masses de touristes…comme les symboles de la globalisation, de la société de consommation.

 

Les années 1980 furent également cruciales pour la photographie avec la mission de la DATAR. Dès 1984, la Délégation interministérielle à l’aménagement du territoire passa commande à quelques photographes pour « représenter le paysage français des années 1980 ». C’est finalement 28 photographes, français et étrangers, qui collaborèrent à ce projet pour réaliser un fond de 2000 images. Les formes néo-documentaires connurent alors un véritable succès. Le photographe n’est plus qu’un simple opérateur effaçant de son travail tout indice par trop voyant de sa propre subjectivité. C’est contre une telle dévalorisation du geste créateur que s’imposa le néo-pictorialisme. La photographie ne doit pas être un simple calque du réel. Les néo-pictorialistes vont dès lors revendiquer explicitement leur subjectivité créatrice en s’opposant au primat de l’exactitude qui prédomine dans la forme documentaire. Il s’agit pour eux de réhabiliter la technique de l’artiste en combinant différentes matières pour nier le caractère trop lisse de la photographie.

 

C’est donc ce foisonnement de techniques, de projets, d’orientations qui aura marqué le monde de la photographie tout au long des années 1980 dans une perspective pour la plupart des photographes éminemment critique et politique. 

 

A découvrir également : Ellen Carey, Tom Drahos, Jean-Paul Goude, Karen Knorr, Pierre et Gilles….

 

Commissaire de l’exposition : Karolina Ziebinska-Lewandowska

 

Pratique :

 

Lieu : Centre Georges Pompidou –  Galerie de photographies Forum -1 – Place Georges-Pompidou – 75004 Paris.

Tél. : 01.44.78.12.33

Métro : Ligne 1 – Arrêt Hôtel-de-Ville / Ligne 11 – Arrêt Rambuteau.

RER : Lignes A, B et D  - Arrêts Châtelet-Les Halles. 

Horaires : Tous les jours sauf le mardi de 11h à 21h – Nocturne le jeudi jusqu'à 23h.

Tarifs entrée : Gratuit.

 

+ d'infos ici

 

Jusqu’au 23 mai 2016.

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Commentaires : 4
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