Les corps d'Helena Almeida

 Jusqu'au 22 mai 2016

 

A partir du 7 février prochain, le Jeu de Paume consacre une grande rétrospective au travail de l’artiste portugaise Helena Almeida. L’exposition Corpus réunira un ensemble d’œuvres – photographies, peintures, dessins, vidéos – réalisées de 1960 à nos jours et qui toutes sont traversées par une unique question : comment le corps définit l’espace en l’occupant ?    

 

Par Alexis Pierçon-Gnezda


Qu’est-ce qu’un corps ? De quoi est-il capable ? Qu’est-ce, même, qu’avoir un corps ? Ces quelques questions, apparemment banales, pourraient peut-être résumer le travail d’Helena Almeida. Depuis les années 1960, l’artiste née au Portugal en 1934, n’a cessé d’enregistrer le corps dans ses multiples singularités. Il ne s’agit pas de représenter simplement le corps dans ce qu’il a de plus simple, mais bien plutôt d’en multiplier les potentialités inconnues. Le corps devient alors l’élément central qui permet de reconfigurer l’espace, de le créer, d’en modifier notre perception.

 

«comme si je ne cessais d’affirmer constamment : ma peinture est mon corps, mon œuvre est mon corps.»

 

C’est très souvent le sien propre qu’Helena Almeida représente et que prend en photo, en noir et blanc, son mari, l’architecte Arthur Rosa. Elle le reconnaît elle-même : « comme si je ne cessais d’affirmer constamment : ma peinture est mon corps, mon œuvre est mon corps. » Et ce sont parfois des motifs qui apparaissent, comme pour créer, par un gros plan, une défamiliarisation avec certaines parties du corps qui perdent dès lors leur usage conventionnel. Des variations corporelles qui sont autant de performances.

Helena Almeida refuse cependant de parler d’autoportraits. C’est un corps universel qui émerge, un corps qui pourrait devenir le nôtre par un processus mimétique ou d’imprégnation. L’artiste devient un guide sur le chemin de la réappropriation du corps.

 

Mais ce corps ne peut jamais être fixé. Il ne doit pas l’être. La fixation c’est la mort du corps, par sédimentation. Dans ses Toiles habitées de 1976, une série de neuf photographies, le corps, en mouvement perpétuel, se déplace devant des châssis qui deviennent des espaces vides. Ils ne peuvent le capter, ni l’arrêter.  C’est l’échec de l’art et de la technique pour stabiliser les êtres que représente également l’artiste.

C’est d’ailleurs en découvrant les toiles monochromes fendues au cutter de Lucio Fontana, qu’Helena Almeida s’est émancipée de la peinture, mêlant différents supports pour une seule et même œuvre. La remise en cause des limites matérielles imposées par chaque support reste déterminante dans son travail. Dans une photographie de 1967, on aperçoit ainsi à l’arrière-plan l’ombre de l’artiste (présente au premier plan) projetée sur un cadre vide tout en le débordant…comme l’allégorie de ce désajustement perpétuel.  Mais c’est surtout l’opposition classique entre sujet et objet, entre représentant et représenté qui disparaît, troublant les repères logiques habituels. La série Peintures habitées de 1975 qui rassemble des photographies représentant Helena Almeida et peintes en bleue illustre de manière significative une telle démarche. L’être et le faire se rejoignent pour impulser un véritable mouvement dans la photographie. C’est finalement l’artiste qui crée la photographie et la peint en bleu, qui est elle-même représentée sur celle-ci.

 

C’est donc à une véritable émancipation du corps que nous enjoint Helena Almeida pour goûter, par son biais, à une nouvelle perception de notre monde, originale et peut-être déconcertante.

 

Commissaires : João Ribas et Marta Moreira de Almeida, Fundação de Serralves – Museu de Arte Contemporânea, Porto.

 

Pratique :

 

Lieu : Jeu de Paume – 1, Place de la Concorde – 75008 Paris

Tél : 01.47.03.12.50

Métro : Lignes 1, 8, 12 – Station Concorde

Bus : Lignes 24, 42, 72, 73, 84, 94

Horaires : Le mardi de 11h à 21h, du mercredi au dimanche de 11h à 19h

Tarifs entrées : 10€ plein / 7,50€ réduit

 

Du 7 février au 22 mai 2016.

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