Marc Chagall: le triomphe de la musique

 Jusqu'au 31 janvier 2016

 

Empruntant au fauvisme, au surréalisme mais aussi au cubisme, Chagall (1887-1985) n’a cessé également de multiplier à travers son œuvre les références à la musique. Jusqu’au 31 janvier prochain, la Philharmonie de Paris nous invite à découvrir les multiples aspects de cette relation avec une exposition comptant près de trois cent œuvres.

 

Par Alexis Pierçon-Gnezda


L'homme à la tête renversée - Marc Chagall
L'homme à la tête renversée - Marc Chagall

Chagall est né en 1887 près de la ville de Vitebsk en Biélorussie dans une famille juive hassidique. La musique s’est imposée à lui dès son plus jeune âge. En effet, plusieurs membres de son entourage jouaient du violon, instrument omniprésent dans la culture yiddish. En outre, la tradition hassidique se caractérisait par la volonté d’un renouveau du judaïsme ; la danse et la musique étaient ainsi considérées comme des moyens privilégiés d’accès au divin. C’est cet ancrage qui explique sans doute, en partie du moins, cette sensibilité musicale qui n’a cessé de s’affirmer tout au long du travail de Chagall. Mikhail Rudy, directeur musical de l’exposition, décrit à ce propos un Chagall mélomane : « Il écoutait toujours de la musique en travaillant. Cela allait du baroque à Messiaen, en passant par Stravinski et Schoenberg. Mozart était son compositeur préféré, à cause de cette apparente simplicité qui cachait une technique très sophistiquée. Pour Gluck, je sais exactement ce qu'il entendait : la Danse des esprits bienheureux, dans Orphée et Eurydice »

 

Nous sommes en 1962. André Malraux, alors ministre de la Culture du Général De Gaulle, demande à Chagall, un nouveau plafond pour l’Opéra Garnier à Paris. C’est alors le début d’une vive polémique qui pourrait rappeler, par certains de ses aspects, la désormais célèbre Querelle des Anciens et des Modernes au XVIIe siècles. En effet, de nombreux intellectuels et spécialistes du milieu artistique ne peuvent accepter de voir une création contemporaine dans un bâtiment de style Second Empire. Le 23 septembre 1964 a lieu l’inauguration de la fresque qui connaîtra néanmoins un succès incontestable. C’est justement par cette œuvre que débute l’exposition. Grâce à une numérisation réalisée par le Centre culturel de Google à Paris, cette fresque apparaît en mouvement sur tout un mur. Un projet qui, on le verra, reste typique de Chagall, de son inspiration surréaliste : des étreintes amoureuses, des couleurs chaudes, des anges, des oiseaux et bien évidemment une contrebasse volante, un faune qui joue de la guitare. On peut y voir également de discrètes portées musicales et un hommage appuyé bien que discret à Bizet, Bach, Gluck et Verdi qui occupent la roue centrale. 

Pourquoi Malraux avait-il fait appel à Chagall ? Le peintre faisait certes partie de ses amis proches. Mais surtout, son compagnonnage avec la musique a commencé très tôt. Chagall réalisa en 1920 les décors du théâtre juif de Moscou. Conservés à la galerie Tretiakov, ils ont été prêtés spécialement à la Philharmonie de Paris pour cette exposition. C’est une véritable manifestation d’art total puisque tous les domaines artistiques y sont représentés, que ce soit la musique, la danse ou encore le théâtre et la littérature. C’est sur ces décors que se clôt, paradoxalement, l’exposition. Surnommés la « boîte à Chagall », ils constitue un hommage à la musique, à la danse mais surtout à la culture yiddish.

 

Toutes les œuvres de Chagall exposées dans cette rétrospective témoignent de cette sensibilité musicale incontestable. La peinture murale réalisée pour le foyer du théâtre de Francfort dans les années 1960, Commedia dell’arte, est tout à fait significative d’une telle sensibilité. Chagall y apparaît lui-même comme chef d’orchestre et comme peintre. C’est l’univers du cirque qui se donne alors à voir, véritable métaphore du monde et de son grouillement ; une référence omniprésente dans le travail de Chagall. Par ailleurs, exilé aux Etats-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale pour fuir le nazisme, Chagall y découvrira notamment la monumentalité de l’architecture et des paysages américains. C’est à cette occasion qu’il réalisera de nombreux costumes dont ceux conçus pour L’Oiseau de feu de Stravinsky en 1945 au Metropolitan Opera de New York renouant ainsi avec sa culture d’origine.

 

Citoyen cosmopolite, Chagall n’a cessé de multiplier ses pérégrinations à travers le monde dans un XXe siècle particulièrement agité. De nombreuses pièces essaimées comme les marques de son passage dans différents pays ont pu être prêtées à la Philharmonie pour cette exposition. Même si Chagall ne peut être considéré vraiment comme un surréaliste, c’est un monde volontiers onirique et foisonnant que nous invite à découvrir cette exposition.

 

Commissariat scientifique de l’exposition : Ambre Gauthier – Directeur musical : Mikhail Rudy.

 

Pratique :

 

Lieu : Philharmonie de Paris – Espace temporaire d’exposition Philharmonie I – 221, avenue Jean Jaurès – 75019 Paris.

Tél. : 01.44.84.44.84

Métro : Ligne 5 – Arrêt Porte de Pantin.

RER : Ligne E – Arrêt Pantin

Bus : Lignes 75 et 151 – Arrêt Porte de Pantin.

Parking : Parking Philharmonie I – 185, rue Sérurier – 75019 Paris.

Vélib' : Station n° 19123 - 7, quai de Metz - 75019 Paris

Horaires : Du mardi au jeudi de 12h à 18h. Le vendredi jusqu’à 22h. Le samedi et le dimanche jusqu’à 20h.

Tarifs entrées : 10€ plein / 5€ réduit.

 

Jusqu’au 31 janvier 2016.

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