Violence et effroi romantiques

 Jusqu'au 28 février 2016

 

 Jusqu'au 28 février prochain, l'exposition Visages de l'effroi au Musée de la vie romantique réunit une centaine d'oeuvres qui, toutes, permettront de découvrir comment les artistes du début 19e siècle ont été littéralement fascinés par le déchaînement de la violence et le surnaturel.



Par Alexis Pierçon-Gnezda


Emile Signol (1804-1892), Folie de la fiancée de Lammermoor, 1850 © Musée des Beaux- Arts, Tours
Emile Signol (1804-1892), Folie de la fiancée de Lammermoor, 1850 © Musée des Beaux- Arts, Tours

Trop souvent, on considère l'art romantique comme la simple expression d'une mélancolie exacerbée dont l'exemple typique serait le roman de Goethe, outre-Rhin, Les Souffrances du jeune Werther. Aux Lumières succèderait ainsi l'âge du sentiment. Une histoire quelque peu fallacieuse qui oublie, comme l'a montré justement Paul Bénichou, que le 18e siècle reste le siècle du sentiment, de la manifestation du divin dans l'ordre sensationnel de la nature. Mais c'est oublier, surtout, que les troubles révolutionnaires puis les guerres napoléoniennes vont entraîner une véritable propagation de la violence, quotidiennement, que les artistes vont s'efforcer d'immortaliser, dans ses moindres spécificités.

 

Déjà, à la fin du 18e siècle, en marge du néoclassicisme, la violence fait irruption dans l'art. Il s'agit, certes, d'une violence esthétisée et maîtrisée qui s'illustre dans la reprise des drames antiques, souvent pour faire l'apologie des vertus morales. La Mort de Sénèque de David, en 1773, est à ce titre exemplaire. S'inspirant sans doute des Annales de Tacite, David peint le célèbre philosophe acceptant avec une déterminitation digne du stoïcisme qu'il professe de se donner la mort comme le lui ordonne l'empereur Néron.


Dès le Directoire, et pour quelques décennies, c'est pourtant une violence beaucoup plus manifeste qui éclate chez Ingres, Delacroix et Géricault notamment, pour exprimer cette période particulièrement agitée qui voit se multiplier les troubles politiques, sociaux et culturels. La violence et les désordres deviennent quotidiens, non sans désenchantements pour beaucoup après la Restauration et l'échec de la révolution de 1830. Ce sont les visages sur lesquels se lisent l'effroi et la terreur qui vont retenir l'attention des peintres. Le tableau de Léon Cogniet Tête de femme. Le Massacre des Innocents présente ainsi une mère portant son nourrisson, troublée et terrorisée, démunie, accentuant par là même sa terrible vulnérabilité. Mais peindre la violence ne suffit pas. En redécouvrant l'Enfer de la Divine Comédie de Dante, c'est un goût prononcé pour le surnaturel et le morbide qui va éclore. En témoignent les figures crépusculaires et étranges des spectres et des diables qui essaiment sur nombre de tableaux présentés tout au long de cette exposition, particulièrement sombres.


L'exposition permet ainsi de comprendre comment le romantisme, loin d'être l'expression d'une subjectivité singulière et personnelle, ne s'est jamais détourné du contexte politique et social qui l'a vu naître. Celui-ci est resté une source d'inspiration fertile pour les artistes de l'époque. Il est étonnant de voir d'ailleurs que le romantisme, près d'un siècle avant Freud et la découverte de l'inconscient, s'est attaché à représenter cette « part sombre de nous-mêmes » en anticipant sur les découvertes de la psychanalyse.


Commissariat de l'exposition : Jérôme Farigoule (Directeur du Musée de la vie romantique), Sophie Eloy (Directrice adjointe) et Hélène Jagot (Conservateur en chef, directrice du musée de la Roche-sur-Yon).  


Pratique :


Lieu : Musée de la vie romantique – 16, rue Chaptal – 75009 Paris. 

Tél. : 01.55.31.95.67.

Métro : Ligne 2 – Arrêts Pigalle et Blanche / Ligne 12 – Arrêts Saint-Georges et Pigalle / ligne 13 – Arrêt Liège. 

Bus : Lignes 30, 54, 67, 68, 74, 81, 95.

Vélib' : 26, rue Jean-Baptiste Pigalle – 4, rue Moncey – 26, rue de Douai. 

Autolib' : 2, rue Paul Escudier – 28, rue d'Aumale. 

Horaires : Du mardi au dimanche de 10h à 18h. 

Tarifs entrées : 7€ plein / 5e réduit / Gratuit pour les moins de 18 ans.


+ d'infos ici


Jusqu'au 28 février 2016.

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