Valadon, Utrillo, Utter : "Le trio infernal" de Montmartre

Prolongé jusqu'au 13 mars 2016

 

C'est à l'occasion du 150ème anniversaire de la naissance de Suzanne Valadon que le musée de Montmartre propose une exposition qui rassemble non seulement ses oeuvres mais aussi celles de son fils Maurice Utrillo et de son compagnon André Utter. Une sélection de près de 150 oeuvres exposée à l'atelier du musée Montmartre et qui témoignent de la période 1912 - 1926.

 

Article mis à jour le 8 mars 2016 par Jocelyn Languille


Suzanne Valadon - "La tireuse de cartes"
Suzanne Valadon - "La tireuse de cartes"

C'est à l'occasion du 150ème anniversaire de la naissance de Marie-Clémentine Valade, alias Suzanne Valadon (1865 - 1938), que le musée Montmartre célèbre l'artiste ainsi que le trio qu'elle formait avec son fils Maurice Utrillo (1883 - 1955) et son compagnon André Utter (1886 - 1948).

 

Rien ne prédisposait Suzanne Valadon à la peinture. Née en Haute-Vienne à Bessines-sur-Gartempe, fille d'une blanchisseuse, elle est devenue acrobate de cirque. C'est une chute de trapèze qui fera prendre un tournant à son destin. Vivant à Montmartre avec sa mère et son fils, le futur peintre Maurice Utrillo, elle inspire les artistes de l'époque comme Renoir, Toulouse-Lautrec, Steinlen, ForainPuvis de Chavannes... Alors qu'elle pose, elle en profite pour apprendre leur technique.

 

Suzanne Valadon peint des nus, des natures mortes, des paysages et des bouquets de fleurs. Maria Gonzalès responsable de la conservation au musée de Montmartre résume le style de Suzanne Valadon :

"Elle a un style particulier que l'on reconnaît dans la force de l'application de ses couleurs, son goût pour les contrastes,

et cette ligne noire caractéristique qui entoure chaque objet, chaque matière, chaque corps. C'est une peinture qui

nous parle de la force de cette femme(...) Suzanne Valadon a été une femme révolutionnaire et une femme très

courageuse qui a forgé sa réputation de peintre dans un monde très 'masculin'"

Elle peint également des portraits dont celui du compositeur Erik Satie avec qui elle eût une relation. En 1894, elle est la première femme à être admise à la Société nationale des beaux-arts. En 1909, elle quitte son mari Paul Moussis pour l'ami de son fils de 20 ans son cadet, le peintre André Utter avec qui elle se mariera en 1914. Le peintre, dessinateur, graveur et écrivain Edmond Heuzé, ami d'enfance d'André Utter, élève de Suzanne Valadon puis professeur de Maurice Utrillo sera d'ailleurs leur témoin de mariage. André Utter lui sert de modèle pour le tableau "Adam et Eve", ce sera la première femme à peindre un nu masculin.

 

André Utter vit sur depuis son enfance sur la Butte Montmartre qui est devenue le laboratoire mondialement reconnu de l’art vivant. Très tôt, il visite des musées et aime se cultiver. Il fréquente non seulement le fameux Lapin Agile, rendez-vous de l’avant-garde, mais aussi le Bateau-Lavoir de Picasso et de ses compagnons poètes et peintres, Max Jacob, Salmon, Apollinaire, Derain, Coquiot, Warnod... Beaucoup de ces artistes deviendront des amis dont un certain Maurice Utrillo.

 

Délaissé par sa mère pendant sa jeunesse et élevé par sa grand-mère, Maurice Utrillo sombre dans l'alcool. Ce sera pour Suzanne Valadon un perpétuel tourment. Sujet à des crises de delirium tremens, il est interné, à 21 ans, à l'hôpital Sainte-Anne à Paris en 1904. C'est un an plus tard qu'il se met à la peinture, encouragé par sa mère qui veut le détourner de l'alcool. Il réalise alors des paysages et s'inspire des peintres impressionnistes. Il se révèle avoir très vite du talent et, malgré les internements successifs, il peint un nombre impressionnant de toiles (pas moins de 700 toiles de 1908 à 1910). Il expose pour la première fois, en 1905, au Salon d'Automne, à la galerie Eugène Blois ainsi qu'à la prestigieuse galerie Berheim-Jeune. Maurice Utrillo n'a suivi aucun courant intellectuel. Peintre représentatif de l'Ecole de Paris, il peint le Montmartre dans lequel il a toujours vécu, ses rues, ses quartiers. Ses toiles sont souvent empreintes de mélancolie, sans personnages, aux volets fermés. Roland Dorgelès résume ainsi ses paysages urbains : "Ces maisons livides ont une couleur maladive et les fenêtres aveugles sont les yeux inquiets qui regardent de l'intérieur". Utrillo peint les choses telles qu'il les voit, les ressent, sans détails superflus. Il faut distinguer trois périodes dans sa peinture : la période Montmagny de 1904 à 1910, la période Blanche de 1910 à 1914, la période colorée de 1922 à 1955. La période "Blanche" (1910-1914) est celle où il peint ses meilleures toiles.

La cohabitation, rue Cortot, entre Suzanne Valadon, Utter et Utrillo est des plus conflictuelles. Afin d'empêcher Maurice de boire, Suzanne l'enferme parfois dans sa chambre et c'est à partir de cartes postales qu'il peint, ce qui ne nuit nullement à la qualité de son travail. À Montmartre il aime fréquenter assidûment les bistrots comme Le Casse-CroûteLa Belle Gabrielle ou Le Lapin Agile. Son penchant pour l'alcool, le contraint à une production conséquente d'oeuvres qui, pour certaines d'entre elles, serviront à régler les ardoises laissées dans les bistrots. Après avoir vécu avec sa mère et son compagnon André Utter -de 3 ans son aîné-, il finira par se marier à l'âge de 51 ans, probablement poussé par sa mère, avec Lucie Valore, veuve d'un banquier belge qui collectionnait ses oeuvres. Les dernières années de sa vie sont marquées par une grande piété (période où il peint beaucoup d'églises). Il s'éteint en 1955 à l'âge de 72 ans.

 

Valadon, Utter et Utrillo formeront un trio infernal dit la "Trinité Maudite". À partir de 1919, installés dans leur atelier du 12, rue Cortot à Montmartre, les trois protagonistes seront à l'origine d'une intense activité picturale sur fond de querelles entre André Utter et Suzanne Valadon et des excentricités de Maurice Utrillon. En 1923, Suzanne Valadon et André Utter font l'acquisition du Château de Saint-Bernard près de Belleville-sur-Saône qui deviendra leur lieu privilégié de villégiature.

 

Cette exposition, à travers une sélection de près de 150 œuvres, témoigne de la complicité de ce trio détonnant dans les lieux même de leur intimité. Les œuvres présentées retraceront la période 1912-1926, dates où le trio vécu au du 12, rue Cortot. Un espace est dédié à chacun des artistes dans un parcours organisé autour de l’atelier-appartement, dont la restitution a été inaugurée en octobre 2014.

 

L’appartement, lieu central de vie et de création, fut le témoin des rivalités mais également de l’estime, l’admiration, la complémentarité et l’inspiration mutuelle de ses trois locataires avant que le couple ne se sépare et que Suzanne Valadon et son fils Maurice Utrillo ne déménagent rue Junot.

 

Les œuvres exposées sont issues du fond des collections constituées par la Société d’Histoire et d’Archéologie « Le Vieux Montmartre » et, plus principalement, de prêts extérieurs provenant, entre autres, du Centre Pompidou, du Musée d’Art Moderne de la ville de Paris, du musée Paul Dini de Villefranche-sur-Saône, des Musée des Beaux-Arts de Liège et de Bruxelles, du Petit Palais de Genève et de collections particulières. On pourra, en particulier, y admirer les célèbres tableaux de Suzanne Valadon La tireuse de cartes (Petit Palais de Genève) et Le lancement du filet (Centre Pompidou-MMAM-CCI).

 

Commissaire de l'exposition : Saskia Ooms, docteur en histoire de l’art, responsable de la conservation au Musée de Montmartre.

 

Pratique :

 

Musée de Montmartre - 12, rue Cortot - 75018 PARIS

Tél. +33 (0) 1 49 25 89 39

Métro : Ligne 12 – Arrêt Lamarck-Caulaincourt.

Bus : Lignes 21, 24, 27,39, 48, 68, 69, 72, 81, 95.

Vélib' : Stations 18017 : 93 rue Caulaincourt.

Horaires : Tous les jours, de 10h à 19h (dernière entrée à 18h15).

Prix entrée : Plein tarif : 9,50€ / Étudiants et handicapés: 7,50€ / Jeunes: 5,50€ (10-17 ans)

 

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Commentaires : 1
  • #1

    Lemant Martine (vendredi, 06 novembre 2015 14:56)

    Bravo et merci !
    Ai été invitée le soir de l'inauguration : J'ai adoré , l'atelier de Suzanne Valadon , particulièrement émouvant , très bien restitué .
    Exposition qui nous fait découvrir ou redécouvrir ces artistes , dont surtout Utrillo etait jusqu'à ce jour le plus connu