Fragonard amoureux

Du 16 septembre au 24 janvier 2016

 

Du 16 septembre prochain au 24 janvier 2016, le Musée du Luxembourg consacre une

rétrospective à Jean­-Honoré Fragonard (1732­1806), l'un des peintres les plus importants et

emblématiques du 18e siècle. L'exposition reviendra tout particulièrement sur la peinture du

sentiment amoureux, incontestablement protéiforme, dans l’œuvre du « divin Frago ».

 

Par Alexis Pierçon-Gnezda

Le Verrou (1778), Jean-Honoré Fragonard
Le Verrou (1778), Jean-Honoré Fragonard

Certains se souviennent encore, peut­-être, de Fragonard pour ses illustrations des Contes de La Fontaine. Il ne faut cependant pas perdre de vue que le 18e siècle fut véritablement le siècle du sentiment, surtout amoureux, fortement influencé d'ailleurs par le sensualisme venu d'Angleterre. Que l'on se rappelle seulement le roman épistolaire de Choderlos de Laclos, Les Liaisons dangereuses, une peinture particulièrement minutieuse de l'amour sous toutes ses formes, dans ce qu'il peut avoir de meilleur comme de pire. Assurément, Fragonard aurait pu également illustrer cette œuvre, caractéristique. En tout cas, il fut définitivement un homme de son siècle dans son acharnement à traquer le sentiment amoureux dans ses moindres recoins tout en y mêlant des préoccupations aussi bien morales qu'esthétiques.

 

Galant, libertin, polisson et néanmoins soucieux de fonder une nouvelle éthique amoureuse, cette diversité de caractères apparemment contradictoires se retrouve incontestablement dans l’œuvre de Fragonard. L'exposition au Musée du Luxembourg nous permet de découvrir la véritable hétérogénéité de la production artistique du peintre. Hériter de la tradition galante du 17e siècle, c'est notamment par ses premières « bergeries », sous l'influence de son maître François Boucher, qu'il se fit connaître en mêlant la sensualité et la dérision. Mais Fragonard ne s'en tint pas là. Avide d'accumuler les images du sentiment amoureux, il s'illustra également dans l'imagerie libertine, demeurée secrète, et la peinture des scènes d'alcôve. Que l'on se souvienne notamment du Verrou qui pourrait trouver alors son pendant littéraire avec le roman au titre évocateur de Diderot Les bijoux indiscrets. Vers la fin de sa vie, Fragonard s'orientera, cependant, de plus en plus vers une certaine stylisation du sentiment amoureux par des allégories de style néoclassique imprégnées d'un véritable mystère sacré qui annoncent peut­-être le néoclassicisme prochain de Jacques ­Louis David.

 

Mais voir en Fragonard un simple polisson serait une erreur. Il eut une conscience extrêmement aiguë, presque élégiaque, du temps qui passe, inéluctablement. On perçoit immanquablement, même dans ses tableaux les plus libertins, cette atmosphère de fin de fête, une ambiance qui nous fait sentir le déclin prochain. Comme pour nous mettre en garde que la jeunesse n'est pas éternelle et que les moments de volupté amoureuse sont aussi intenses que rares. De même, l'amour, selon Fragonard, n'était pas simplement le lieu d'une volupté physique et passagère. C'est pourquoi il manifeste également une tendance moralisatrice qu'illustre notamment L'Armoire représentant deux amants soudain pris en flagrant délit.

 

L'exposition du Musée du Luxembourg présente ainsi cet intérêt majeur : montrer la diversité thématique de l’œuvre de Fragonard dont l'unité fait problème tout en permettant par là même de se déprendre d'une image peut-­être trop stéréotypée d'un artiste uniquement libertin. Par ailleurs, les œuvres de Fragonard seront mises en regard avec celles de ses contemporains qui tous partagèrent cette ambition de peindre le sentiment amoureux.

 

Commissariat de l'exposition : Guillaume Faroult, conservateur en chef, en charge des peintures françaises du 18e siècle et des peintures britanniques et américaines du musée du Louvre.

Pratique :


Du 16 septembre 2015 au 24 janvier 2016.

 

Lieu : Musée du Luxembourg – 19, Rue de Vaugirard – 75006 Paris - Tél. : 01.40.13.62.00.

Métro : Ligne 4 station Saint Sulpice / Ligne 10 station Mabillon.

RER : Ligne B station Luxembourg (sortir Jardin du Luxembourg).

Bus : Lignes 58,, 84, 89 arrêt Luxembourg / Lignes 63, 70, 87, 86 arrêt Saint Sulpice.

Parking : Parking Marché Saint­Germain / Parking Place Saint Sulpice.

Vélib' : Stations n°6009, 6017, 6030.

Horaires : Tous les jours de 10h à 19h – Nocturnes le lundi et le vendredi jusqu'à 21h30.

Tarifs entrées : 12€ plein / 7€ réduit.


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Commentaires : 1
  • #1

    Garrec Sylvie (jeudi, 22 octobre 2015 17:07)

    Bonjour.

    Je me permets de vous faire part de mon étonnement - et de ma gêne - de voir ainsi apparaître sans aucune explication préliminaire un certain "Frago" en lieu et place de Fragonard. Je sais bien que vous faites référence à ce "divin Frago" que ses contemporains nommaient ainsi par affection, mais vous auriez pu au moins expliquer ce terme, aucune histoire de l'art ne le dénommant ainsi; je suis loin d'être la seule à m'être ainsi étonnée.
    Par ailleurs, parler de"libertinage" et de "libertins" sans là encore expliquer précisément ce que signifiait ce terme en littérature et en philosophie, c'est un peu "léger". Nombre de visiteurs vont ainsi en garder cette vision de "jeux de mains" et de frivolité, bien loin de la véritable signification - liberté revendiquée vis à vis de Dieu, de l'Eglise, et donc du pouvoir royal...
    Enfin, deux cartels donnent une explication différente des deux pendants "Le Verrou" et "L'Adoration ..." (titre exact oublié, il me semble qu'il s'agit du tableau 17 ou 16): dans l'un vous affirmez que c'est Fragonard lui-même qui a imposé "Le Verrou" comme pendant, dans l'autre ce serait le commanditaire qui l'aurait décidé.
    Le prix des expositions étant particulièrement élevé au musée du Luxembourg, il est bien dommage que l'on sorte de cette exposition ainsi déçue, malgré l'intérêt des oeuvres en soi.