Le Pressionnisme consacré par la Pinacothèque

Jusqu'au 13 septembre

 

La Pinacothèque nous fait découvrir le graffiti sur toile à travers une centaine d’œuvres des plus grands artistes pressionnistes dont Bando, Futura 2000, Dondi ou encore Phase 2. L'occasion – enfin – de saisir toute la spécificité de ce véritable mouvement artistique que l'histoire de l'art officielle assimile trop souvent au street art.

Par Alexis Pierçon Gnezda

Le pressionnisme – néologisme issu de la réunion du terme « pressure art » et du suffixe « -isme » renvoyant à la notion d'école en art – naît au début des années 1970 aux Etats-Unis avec l'arrivée de la bombe aérosol, le nouveau « pinceau spatial ». Le pressionnisme se démarque alors clairement du tag : il ne se pratique pas dans les rues mais dans des ateliers et ne consiste pas en une signature mais en un graffiti sur toile. Il s'agit d'entourer des lettres de couleurs pour constituer un texte ou une signature. Le travail des premiers peintres-écrivains new-yorkais, les « Writers », consistera ainsi en un enchaînement de lettres et en leur remplissage chromatique.


Cette technique réclame environ cinq années d'apprentissage, dans les rues, les entrepôts puis les ateliers. Si le graffiti sur toile recourt aujourd'hui à des outils classiques comme la gouache ou l'acrylique, beaucoup des œuvres exposées sont peintes à la bombe, ce qui nécessitait alors une certaine dextérité puisque les couleurs ne pouvant êtres mélangées, les artistes pressionnistes ne pouvaient que juxtaposer des couleurs primaires. Il s'agit donc d'une technique calligraphique, hautement codifiée, qui se rapproche dans une certaine mesure de l'enluminure traditionnelle. Une des œuvres exposées de l'artiste Rammellzee se veut d'ailleurs un hommage explicite à l'écriture médiévale.


Si le 20e siècle a vu la disparition progressive de l'idée d' « école » dans le domaine des arts au profit de l'émergence de pures individualités artistiques, les artistes pressionnistes ont toujours tenu à se constituer en groupes, en se livrant souvent à des joutes pour obtenir le titre tant convoité de « King » au prix d'une inventivité toujours plus importante. Ainsi, en 1972, à New-York, le sociologue Hugo Martinez crée l'UGA, l'Union of Graffiti Artists. Il met à disposition des graffeurs un atelier et permet leur visibilité en participant à la présentation de leurs œuvres dans les galeries new-yorkaises.


Il faudra cependant attendre 1984 pour que le pressionnisme arrive en France, grâce à Bando qui transforme son hôtel particulier de Saint-Germain-des-Près en un véritable temps du graffiti puis en aménageant à cet effet le terrain dit « de Stalingrad » où se réunissent de nombreux artistes européens et américains. La première école française pressionniste est alors fondée regroupant Bando lui-même, Ash, Jay ou encore Skki. Jack Lang, alors Ministre de la Culture, les invitera en 1991 à exposer au Musée des Monuments français.


Cette exposition de la Pinacothèque nous propose une rétrospective sur les débuts de ce mouvement, en rassemblant des œuvres trop souvent classées dans les mouvements underground ou primitifs, et donc sans véritable valeur esthétique. Ainsi, on pourra lire au début de l'exposition :

« Depuis plus d'un demi-siècle, le marché de l'art et sa logique spéculative, alliés à la bêtise mondaine du monde culturel, n'ont plus donné naissance qu'à des individualités rongées par leur ambition de trouver la potion magique qui fera parler d'eux. [...] La notion d'Ecole s'est perdue, celle de groupe a disparu. Et quand un groupe de révoltés commence dans les années 1970 à s'exprimer, s'affronter certes avec un langage peu orthodoxe, au point d'être catalogué rapidement comme "gangs de toxicos", personne de décèle l'émergence de ces talents cachés. »

Pratique :

Lieu : Pinacothèque 1 – 28, Place de la Madeleine – 75008 PARIS
Tél : 01.48.62.02.01
Métro : Lignes 8, 12, 14 – Station Madeleine
Bus : Lignes 24, 42, 52, 84, 94 arrêt Madeleine – Lignes 24, 42 arrêt Madeleine-Vignon
Vélib : Station n°8004 face 4, Boulevard Malesherbes – Station n°9034 4, Rue Godot de Mauroy – Station n°8005 4, Place de la Madeleine
Parking : Madeleine Tronchet Vinci – Rue Chauveau-Lagarde – Rue Caumartin
Tarifs entrées : 13€ plein / 11€ réduit
Horaires : Tous les jours de 10h30 à 18h30 – Nocturnes les mercredis et vendredis jusqu'à 20h30

Jusqu'au 13 septembre 2015


+ d'infos & réservations

Écrire commentaire

Commentaires : 0